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Situation en Catalogne

Situation en Catalogne

Nous exprimons notre grande inquiétude face à la situation qui s’est gravement tendue ces derniers jours en Catalogne.

Les violences commises par la police espagnole pour empêcher les Catalans qui le souhaitaient de voter dimanche dernier nous semblent injustifiables et les excuses présentées aux Catalans par les responsables de cette police le confirment.

Ces violences sont l’expression d’une injustice plus profonde. Le gouvernement espagnol considère qu’il avait le droit voire le devoir de s’opposer par tous les moyens à la tenue de ce référendum, puisque la Constitution espagnole ne le permet pas, comme l’a redit Tribunal constitutionnel.

La plupart des gouvernements européens soutiennent cette position de principe de l’Espagne. La constitution de la plupart de leurs pays ne permettent pas en effet qu’une partie de leur population ait le choix de se séparer du reste du pays et puisse s’exprimer sur ce point. Cette idée est fondée sur la théorie de l’indivisibilité des Etats, soutenue en France par une monarchie centralisatrice, dès le XVIe siècle, puis reprise en 1792 pour défendre une « république une et indivisible ».

A cela s’ajoute les affirmations répétées des responsables européens (doctrine Prodi) selon lesquelles un Etat qui se séparerait d’un Etat membre de l’Union européenne ne serait pas membre de l’Union.

Ces deux points sont clairement une entrave à la libre expression de la volonté d’une population donnée en Europe.

Il faut rappeler que d’autres pays permettent ce genre de consultation : le Canada a autorisé par deux fois la province du Québec à débattre et à voter sur la question de son indépendance. Et à deux fois, cette province, gouvernée par des indépendantistes, a choisi de ne pas quitter le Canada. La France a amendé en 1998 sa constitution pour permettre à la Nouvelle-Calédonie de pouvoir se prononcer sur sa volonté ou non de rester un territoire français.

Il faut rappeler aussi que l’Union européenne prévoit aussi dans ces traités qu’un Etat peut la quitter. C’est d’ailleurs ce qui a permis au Royaume-Uni de choisir, par référendum, de quitter l’UE.

Certains dirigeants européens, comme Mme Loiseau, secrétaire d’Etat française, aux affaires européennes, pensent que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’est valable qu’en cas de guerres, de conflits violents ou en cas de violations graves des droits de l’homme. Est-ce à dire qu’il faut que les Catalans déclenchent une guerre civile en Espagne pour avoir le droit de voter sur leur éventuelle indépendance ?

Nous appelons Catalans et Espagnols à refuser la violence et à chercher, par le dialogue dans le respect de tous, un accord pour vivre ensemble, unis ou séparés, dans l’Union européenne.

Au nom des valeurs démocratiques qui fondent l’Union européenne, nous appelons le roi d’Espagne, le gouvernement et le parlement espagnols à abandonner toute violence contre les habitants de la Catalogne et à changer au plus vite la constitution espagnole pour permettre la libre expression de leur peuple.

Nous appelons le Conseil européen, la Commission européenne et le Parlement européen à engager immédiatement toutes les initiatives possibles pour aider au dialogue entre la Catalogne et l’Espagne et prévenir toute violence.

Nous appelons les responsables de l’Union européenne et chaque Etat membre à abandonner les menaces contre les peuples de l’Union qui souhaiteraient débattre et s’exprimer librement et de façon non-violente sur leur avenir. Il n’y a aucune raison de fermer a priori la porte de l’Union européenne à un Etat qui naîtrait de la division d’un Etat membre.

Comité national du MIR

Paris, 9 octobre 2017.

 

Communiqué MIR France Catalogne 10-2017

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Prix Nobel de la paix 2017 à l’ICAN

Prix Nobel de la paix 2017 à l’ICAN

Le MIR France se réjouit de l’attribution du Prix Nobel de la paix 2017 à l’ICAN, la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, dont il est partenaire.

C’est une reconnaissance importante pour tout le travail accompli par l’équipe de l’ICAN et l’ensemble des associations partenaires dans le monde entier.

Cette campagne a abouti à l’adoption d’un Traité d’interdiction des armes nucléaires par les Nations Unies en juillet 2017. Il s’agit là d’une étape importante vers l’abolition des armes nucléaire. Elle doit être suivie d’autres qui permettront un désarmement complet. Pour cela, les Etats nucléaires, dont la France, doivent accepter d’entrer dans une véritable démarche de désarmement.

La disparition des bombes nucléaires est une priorité absolue pour la sécurité de l’humanité, menacée en permanence par ces armes de destruction massive.

Le MIR France lutte en faveur de l’abolition de ces armes nucléaires depuis leur apparition. Dans les années 1980, il a participé à la création de la Maison de Vigilance à Taverny (95) puis, dans les années 1990, sous l’impulsion de Marie-Pierre Bovy, sa présidente, à la création du réseau Stop essais !, qui a fédéré l’action des mouvements non-violents en faveur de l’abolition des armes nucléaires. Devenu depuis Armes nucléaires Stop-Maison de vigilance, ce réseau est membre d’ICAN France et d’Abolition 2000.

Le MIR France appelle le président Emmanuel Macron et son gouvernement à engager pleinement la France dans une véritable politique de désarmement nucléaire.

Le site de l’ICAN : http://fr.icanw.org/

Communiqué MIR Prix Nobel de la paix ICAN 6-10-2017

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Vivre ensemble dans la fraternité – Communiqué

Ces derniers jours, Paris et Saint-Denis ont été le théâtre de violences qui nous ont sidérées. Ces actes de terrorisme ont été revendiqués par l’Etat islamique qui est aussi à l’origine de nombreux attentats comme celui contre l’Airbus russe au-dessus du Sinaï ou celui de Beyrouth la veille de celui de Paris.

Dans ces moments marqués par l’émotion collective, à la pensée de toutes les victimes de ces attentats meurtriers, nous appelons à résister à la peur de l’autre, au ressentiment et à la haine et nous voulons nous opposer à toutes formes d’amalgame ou de vengeance qui pourraient justifier et entraîner des actes racistes, xénophobes ou antimusulmans.

Lutter contre les actes terroristes et leur préparation doit se faire dans le respect des libertés individuelles et collectives, le renforcement de la cohésion de notre société à travers davantage de solidarité et de fraternité.

Mais il nous paraît indispensable de briser la spirale de la violence. Les interventions militaires et les guerres, qui s’appuient sur la militarisation à outrance et entretiennent le lucratif commerce des armes, n’apporteront pas de solution durable et juste aux conflits en cours. Elles ne feront qu’entraîner davantage de morts, de destructions, de réfugiés et engendreront de nouveaux actes de terrorisme.

Notre monde a besoin de développer une culture de non-violence et de paix, de dialogue et de tolérance, de renforcer la démocratie et la justice sociale ainsi que la justice entre les peuples. Il est urgent de soutenir et de donner les moyens à tous celles et ceux qui sont porteurs de ces valeurs pour qu’ils puissent agir auprès de leurs concitoyens et de leurs dirigeants. C’est le meilleur moyen de travailler à la sécurité de tous et de prendre soin de nos vies et de toutes celles qui nous entourent.

Nous croyons que Dieu nous appelle à l’amour désarmé de nos frères et de nos soeurs en humanité. Nous appelons tous les croyants à nous rejoindre sur ce chemin de non-violence active pour jeter, avec l’ensemble des habitants de notre planète en danger, les bases d’un monde où chacun pourra vivre dignement dans une paix assurée et vers un futur apaisé.

Paris, 19 novembre 2015

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La France est-elle en guerre ? par Jean-Marie MULLER

muller1Le texte ci-dessous sur le terrorisme, intitulé « Au delà de la dissuasion, en deçà de la guerre », est un texte ancien que j’ai écrit il y a déjà plusieurs années. En le relisant aujourd’hui, j’ai pensé qu’il avait gardé une grande part d’actualité. Je le publie donc à nouveau en écrivant ces quelques lignes d’introduction.

« La France est en guerre ! » C’est en martelant ces mots que François Hollande a commencé son discours devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles le 16 novembre 2015. Et tous les médias ont salué le ton martial du Président de la République qui s’est exprimé en véritable « chef de guerre ». Certes, l’ignominie des actes meurtriers qui ont tué à Paris des dizaines d’innocents porte la violence à son paroxysme. Mais, face à cette tragédie qui bouleverse chacun de nous, qui peut penser que c’est le moment d’appeler le peuple français à prendre les armes du meurtre pour partir à la guerre ?

Certes, l’apparition de Daech sur la scène du Moyen-Orient change la configuration classique du terrorisme. Daech n’est pas l’État qu’il prétend être mais il s’agit d’une organisation militaire et politique structurée qui occupe certains territoires et mènent des actions de guerre en Irak et en Syrie. Pour autant, Daech ne viendra pas faire la guerre en France et la France n’envisage aucune intervention au sol au Moyen-Orient. Ainsi l’action de Daech en France restera une action terroriste. Si la nécessité impose certains actes de violence contre les terroristes, ils n’impliqueront que des agents de l’État et non l’ensemble des citoyens.

En France, et un peu partout dans le monde, la Marseillaise a retenti comme un chant de solidarité et de résistance. L’air était juste, mais jamais les paroles guerrières de notre hymne national n’ont résonné de manière aussi fausse : qui peut croire, en effet, que les citoyens français soient appelés à prendre les armes et à former des bataillons pour abreuver nos sillons d’un sang impur ? Non, face à la violence du terrorisme, les citoyens ne sont pas mis en demeure de répondre par la violence de la guerre. Nous devons certes surmonter toute peur et nous mobiliser, mais pour résister à la logique de la terreur qui est la logique de la violence. L’arme des terroristes est d’abord une arme idéologique et c’est cette arme qu’il faut briser. Face à l’inhumanité du terrorisme, 1l’urgence est d’affirmer les valeurs universelles d’humanité qui fondent la civilisation. Et ce sont les mots de notre devise républicaine qui doivent inspirer notre action : « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Le malheur, c’est précisément que la culture qui domine nos sociétés est structurée par l’idéologie de la violence nécessaire, légitime et honorable. Désarmer le terrorisme, c’est d’abord désarmer cette idéologie afin de construire une culture fondée sur une éthique de respect, de justice, de fraternité et de non-violence.

Car le véritable réalisme est de voir dans l’extrême ignominie de la violence du terrorisme, l’évidence de la non-violence.

« Le sang, disait Victor Hugo, se lave avec des larmes et non avec du sang. »

Le 18 novembre 2015

Le terrorisme

Au-delà de la dissuasion, mais en deçà de la guerre

De par sa signification étymologique, le terrorisme est soit une méthode de gouvernement, soit une méthode d’action directe qui vise à engendrer « la terreur », c’est-à-dire à créer un climat de peur, d’effroi et d’épouvante au sein d’une population. Le plus couramment, le terrorisme désigne une technique d’action violente utilisée par un groupe minoritaire qui veut faire valoir ses revendications politiques. La caractéristique de la stratégie terroriste est de permettre, par les moyens techniques les plus simples, de contourner et de mettre en échec les dissuasions militaires dont les moyens techniques sont les plus sophistiqués. Alors que les grandes puissances industrielles prétendent détenir les armes qui rendent inviolable leur sanctuaire national, l’arme des terroristes vient porter la peur, la violence et la mort au cœur même de leurs villes. Le terrorisme vient prendre complètement à revers la défense des sociétés modernes en sorte que les armes les plus puissantes s’avèrent inutiles et vaines aux mains des décideurs politiques et militaires.

Le terrorisme n’est pas la guerre. Sa stratégie, au contraire, pose comme postulat le refus de la guerre. Ce qui caractérise la guerre, c’est la réciprocité des actions décidées et entreprises par chacun des deux adversaires. Or, précisément, face à l’action des terroristes, aucune action réciproque ne peut être entreprise par les décideurs adverses. Ceux-ci se trouvent en effet dans l’incapacité de répondre coup pour coup à un adversaire sans visage qui se dérobe.

2Le discours dominant veut isoler la violence terroriste des autres formes de violence pour mieux la condamner. L’action terroriste est alors dénoncée comme le crime de la violence pure dont l’illégitimité absolue ne doit pas être discutée, alors que, dans le même temps, on s’accommode assez volontiers d’autres violences soit-disant légitimes. Face au terrorisme, aussi bien les États que les opinions publiques font preuve d’une indignation sélective qui tend à banaliser les autres formes de violence. Certes, le terrorisme ne mérite aucune complaisance et ses méthodes sont effectivement criminelles. Certes, le terrorisme tue des innocents, mais la guerre ne tuerait-elle que des coupables ? En définitive, du point de vue de la non-violence, le jugement éthique porté sur le terrorisme doit être guidé par les mêmes critères fondamentaux que ceux auxquels on se réfère pour juger habituellement la violence. Le discours qui condamne le terrorisme aura d’autant moins de force et de cohérence s’il justifie par ailleurs d’autres formes d’action violente qui ne sont pas moins meurtrières et qui peuvent être également criminelles.

La rhétorique antiterroriste affirme haut et fort que le terrorisme renie les valeurs supérieures de la civilisation exigeant le respect de la vie humaine. Soit. Mais, précisément, défendre ces valeurs, c’est d’abord les respecter dans le choix même des moyens mis en œuvre pour les défendre. Vaincre le terrorisme, c’est agir avec la plus grande prudence en veillant à ne pas renier soi-même les exigences qui fondent le respect de la vie. Vaincre le terrorisme, c’est d’abord refuser d’entrer dans sa propre logique de violence meurtrière. Le vecteur principal du terrorisme est l’idéologie de la violence justifiant le meurtre. Défendre la civilisation, c’est d’abord refuser de se laisser contaminer par cette idéologie. Et cela exige de renoncer aux opérations militaires qui impliqueraient inévitablement de tuer des innocents. Car, sinon, les démocraties risqueraient fort de se rendre coupables des méfaits mêmes qu’elles reprochent aux terroristes. Lorsque le terrorisme défie les démocraties en visant à les déstabiliser, elles doivent le combattre selon une stratégie cohérente avec leurs propres exigences et leurs propres normes, sans rien emprunter aux incohérences des terroristes. Elles doivent se défendre en se plaçant résolument sur le terrain qui est le leur, celui du droit, et refuser de se laisser entraîner sur le terrain de l’arbitraire qui nie le droit.

Ainsi le terrorisme n’est pas la guerre et c’est donc se fourvoyer de prétendre le vaincre en faisant la guerre. Certes, les sociétés démocratiques ont non seulement le droit, mais elles ont le devoir de se défendre avec la plus grande fermeté contre le terrorisme. Cependant, une fois reconnu ce droit et ce devoir de légitime défense, la vraie question est de savoir quels sont les moyens légitimes et efficaces de cette défense. La riposte immédiate est de prendre des mesures de police qui doivent éviter toute dérive policière et, pour cela, respecter scrupuleusement les normes du droit. Dans le cadre strict de la loi, tout doit être fait pour découvrir les réseaux et les démanteler. Les coupables, dès lors qu’ils sont clairement identifiés, doivent être arrêtés et jugés.

Mais pour vaincre le terrorisme, il convient de s’efforcer d’en comprendre les causes et les objectifs. Il ne faut pas que l’indignation contre la méthode dispense d’analyser les raisons de 3l’action, sous le prétexte fallacieux que rechercher à comprendre le terrorisme ce serait déjà commencer à le justifier. Les faits montrent pourtant que l’indignation est inopérante. Elle ne permet pas de comprendre pourquoi des hommes, en sacrifiant leur propre vie, décident d’aller jusqu’aux frontières extrêmes de la violence destructrice et meurtrière. Pour éradiquer le terrorisme, pour le déraciner, il faut s’efforcer de comprendre quelles sont les racines historiques, sociologiques, idéologiques et politiques qui l’alimentent. Certes, le terrorisme peut être irrationnel et se condamner lui-même à n’être qu’un acte nihiliste animé par la volonté de détruire et le désir de tuer. Le terrorisme veut être alors essentiellement une transgression s’accomplissant dans l’ignorance du bien et du mal. Pour autant, ce serait se méprendre que de vouloir faire du nihilisme la caractéristique de tout acte terroriste.

En réalité, comme toute stratégie d’action violente, le terrorisme se réclame le plus souvent de motifs rationnels. Si le terrorisme n’est pas la guerre, il peut être également un moyen de continuer la politique. Il possède alors sa propre cohérence idéologique, sa propre logique stratégique et sa propre rationalité politique. Il ne sert alors à rien de le nier en brandissant son immoralité intrinsèque. Dès lors que la dimension politique du terrorisme sera reconnue, il deviendra possible de rechercher la solution politique qu’il exige. La manière la plus efficace pour combattre le terrorisme est de priver leurs auteurs des raisons politiques qu’ils invoquent pour le justifier. C’est ainsi qu’il sera possible d’affaiblir durablement l’assise populaire dont le terrorisme a le plus grand besoin. Souvent, le terrorisme s’enracine dans un terreau fertilisé par l’injustice, l’humiliation, la frustration, la misère et le désespoir. La seule manière de faire cesser les actes terroristes est de priver leurs auteurs des raisons politiques invoquées pour le justifier. Dès lors, pour vaincre le terrorisme, ce n’est pas la guerre qu’il faut faire, mais la justice qu’il faut construire.

Lorsque le terrorisme s’inscrit dans un conflit politique dont les enjeux sont clairement identifiables, il sera vraisemblablement nécessaire de négocier avec les terroristes. Là encore, le discours rhétorique dominant affirme qu’on ne négocie pas avec les terroristes. Mais au-delà des phrases, il y a les faits. Combien de gouvernements ont-ils dû contredire leurs phrases pour reconnaître les faits, c’est-à-dire taire leur indignation pour accepter la négociation ?

* Philosophe et écrivain, www.jean-marie-muller.fr

Dernier ouvrage paru : Entrer dans l’âge de la non-violence, préface de Stéphane Hessel (Le Relié).

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Que notre douleur soit un cri contre toute violence

siteon0-2901213 novembre 2015. L’horreur des attentats de Paris s’impose à nous. Nous ne pouvons que nous joindre à la douleur de toutes les victimes et de leurs proches. Nous ne pouvons que porter le deuil de toute cette violence.

Au-delà de la stupeur, souhaitée par les auteurs de ces attaques, la réflexion s’impose. A l’effet de sidération et aux réflexes de vengeance et de stigmatisation d’un ennemi, nous devons substituer le travail de l’intelligence et l’impératif de bonté : c’est peut-être le meilleur hommage que nous pouvons rendre aux victimes.

Notre vulnérabilité partagée

C’est avec atrocité que la réalité de la guerre nous rejoint aujourd’hui et vient nous affecter directement sur le territoire de notre quotidien, de nos existences.
Ces attaques viennent d’une manière terrible nous rendre à notre vulnérabilité partagée avec le reste de l’humanité. Cette vulnérabilité retrouvée doit nous faire crier haut et fort que nulle part la guerre n’est humaine, n’est tolérable, que partout la guerre est une tragédie sans nom, et que notre devoir est de mettre en œuvre tous les moyens de la faire cesser, partout, aussi nobles qu’en soient les motifs.
Nous ne pouvons pas ignorer qu’aujourd’hui, l’immense majorité des victimes des guerres dans le monde, y compris celles de la France, sont des civils, à l’exemple des victimes des attentats parisiens. Depuis des décennies, la France mène de nombreuses guerres sur des « terrains d’intervention extérieurs », sur les territoires de sociétés étrangères, d’existences qui nous sont lointaines. Nous étions habitués à être en guerre, sans être affectés la dévastation que cela entraîne à tous les niveaux.
Nous ne pouvons ignorer non plus que la France est devenue, en 2015, le deuxième exportateur d’armes au monde, derrières les Etats-Unis et devant la Russie. Une « performance exceptionnelle » qui signifie que nous prospérons sur la vente d’engins de mort qui, nous le savons, serviront à mutiler atrocement des civils et à réaliser des carnages semblables à ceux de Paris, dans de nombreuses sociétés éloignées géographiquement de la France. Nous ne pouvons pas à la fois proclamer notre légitime indignation devant l’horreur des attentats de Paris, et nous réjouir d’exporter dans le monde entier les armes qui produiront de mêmes situations, hors de notre regard.
Nous ne pouvons ignorer enfin que, par son programme nucléaire militaire, la France consacre plusieurs milliards d’euros par an à préparer les conditions d’envoi sur des populations civiles de bombes atomiques qui frapperaient sans discrimination des centaines de milliers de vies avec une horreur sans nom. Et si cet argent était dépensé pour assurer un meilleur avenir aux jeunes qui vivent des difficultés à s’insérer dans la vie économique et sociale, dans les quartiers populaires en particulier ?
S’il y a une leçon que nous pouvons tirer de cet immense effroi qui nous a submergé le 13 novembre et les jours suivants, c’est que nous devons ouvrir les yeux sans partage sur la souffrance des victimes de toutes les guerres, universellement, et faire ce qui est en notre pouvoir pour les faire cesser en développant les alternatives au militarisme et à la violence.
Ouvrons nos cœurs et laissons une même émotion nous étreindre, pour toutes les victimes de violences militaires et politiques, en France et partout ailleurs.

Toute violence est injustifiable

Nous avons le devoir de comprendre, d’analyser et d’évaluer notre part de responsabilité dans la généalogie de la violence qui nous frappe. Non pas pour la justifier. Mais pour éviter le piège de la victimisation, la tentation de « l’innocence blessée » et son corollaire la vengeance.
Nous avons le devoir de nous responsabiliser en premier lieu pour les violences dont nous sommes responsables, nous peuple français. Non pas pour justifier ou minimiser celle des autres. Mais au contraire, pour affirmer le caractère injustifiable des attentats de Paris comme de toute violence, quelles que soient les personnes qu’elle touche, quels que soient les lieux où elle se déroule. Car la violence est une négation de l’humanité, à la fois de ceux qui la subissent et de ceux qui la perpètrent.

La France au garde-à-vous ?

Suite aux attentats de Paris du 13 novembre, nous avons le choix entre deux options : soit rentrer dans la spirale destructrice de la violence, pour exterminer l’ennemi qui nous a blessés. Soit tout faire pour œuvrer à sortir de la violence.
Malheureusement, le président français François Hollande semble être tombé dans le piège tendu par les auteurs des attentats de Paris en employant, immédiatement après, une rhétorique guerrière, à l’instar de Georges Bush suite aux attentats du 11 septembre 2001. Deux jours après les attentats, les bombes de l’aviation française venaient mettre en pratique ce discours de guerre en redoublant de fréquence en Syrie, comme s’il fallait prouver dans la précipitation que notre capacité de destruction dépassait celle de ceux qui nous ont frappé sur notre territoire. Les bombardements français en Syrie, par essence, ne sont pas précis, et détruisent de manière approximative des « cibles » adverses et des populations civiles qui doivent faire face à la mort, à la souffrance sans nom et à la destruction de leurs existences. « Vous êtes tombé dans le panneau à pieds joints, parce que vous avez fait mot pour mot ce que les terroristes espéraient de vous : une déclaration de guerre. Vous avez accepté leur invitation au djihad avec enthousiasme », déplore l’historien David Van Reybrouck en s’adressant au président français. (1)
Dès les heures qui ont suivi les attentats, l’état d’urgence a été décrété en France. Cette mesure exceptionnelle née durant la guerre d’Algérie fait peser une menace importante sur les libertés et les droits démocratiques. On assiste là encore à un réflexe sécuritaire et à une militarisation similaires à ce qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Etre ensemble, c’est ça l’urgence !

On peut saluer, face à cela, l’initiative d’individus qui se sont rassemblés malgré l’interdiction de le faire, au motif que « se retrouver, se parler, être ensemble c’est ça l’urgence ! ». Comme eux, nous pouvons faire des gestes pour être plus que jamais « unis, fraternels et solidaires face à la terreur et à son instrumentalisation ». L’attaque qu’a subie la France ne doit pas nous mener sur les sentiers de la guerre, elle ne doit pas être le motif de davantage de dévastation. La plus belle réponse que nous pourrons y apporter, c’est de développer tous les moyens possibles offerts par la non-violence pour lutter contre le terrorisme, contre les guerres et contre les injustices et les intérêts iniques qui en sont les causes. Et, plus largement, c’est d’œuvre pour plus de liberté, plus de justice, et plus de démocratie.

Guillaume Gamblin

Source : http://nonviolence.fr/spip.php?article1045

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Maria Biedrawa, combattante pour la paix

Maria Biedrawa (au centre) au camp de réfugiés de Dzaleka (Malawi). Très jeune, elle a « éprouvé...

Maria Biedrawa est spécialiste de la non-violence. Cette Autrichienne de 58 ans passe la moitié de son temps en Afrique pour former des responsables à la réconciliation.
C’est une grande femme aux cheveux gris coupés court et au regard bleu très franc, emmitouflée dans un chèche vert. La carte de visite qu’elle tend a des allures inhabituelles : « Non-violence active inspirée de l’Évangile, dynamique deréconciliation, diacre de paix, formatrice, consultante. »Quelques jours après son retour du Burundi, Maria Biedrawa, 58 ans, évoque, avec la précision de celle qui connaît le terrain depuis des années, la situation politique et sociale de ce petit pays d’Afrique centrale, pas plus grand que la Belgique.

Elle s’inquiète en particulier des disparitions d’opposants, de plus en plus fréquentes à l’approche des élections législatives prévues en mai 2015 et de l’élection présidentielle de juin. Elle s’indigne aussi des arrestations arbitraires, comme celle de Bob Rugurika, journaliste emprisonné dans la deuxième quinzaine de janvier et finalement relâché le 19 février 2015.

ACCOMPAGNER DES POPULATIONS TRAUMATISÉES

Voilà bientôt trois ans que Maria Biedrawa partage son temps entre la France et le Burundi, sollicitée par le principal diocèse du pays. Cette Autrichienne d’origine, qui a élu domicile à Compiègne, dans l’Oise, travaille deux mois sur quatre à « l’élaboration d’une pastorale de la réconciliation », en collaboration avec les Églises locales. Aux parents, elle donne des pistes pour élever leurs enfants dans une société paralysée par la violence. Avec les responsables du diocèse, elle parle d’« accompagnement des populations traumatisées », de « non-violence active », ou encore d’apprentissage de la réconciliation.

Sa soif d’engagement ne date pas d’hier. Durant sa jeunesse passée dans son pays d’origine, et marquée par la proximité avec le rideau de fer, l’Autrichienne a joué les contrebandières, faisant passer clandestinement des bibles et des documents en Tchécoslovaquie et en Pologne. « J’y suis allé vingt-cinq fois, il y avait toute une filière. C’est là qu’avec des jeunes de mon âge, j’ai appris à me déplacer dans une dictature. J’ai éprouvé ce que signifiait être persécuté pour sa foi », analyse-t-elle.

« MARIA, QUE FAIS-TU DE TA LIBERTÉ ? »

Peu à peu naît une lancinante question. Elle ne la quittera jamais : « Maria, que fais-tu de ta liberté ? » C’est aussi durant ces années-là qu’elle expérimente pour la première fois la non-violence, en participant aux grèves du syndicat Solidarnosc. Son diplôme d’éducatrice spécialisée en poche, elle rejoint L’Arche en 1987, dirige de 1998 à 2005 l’une des communautés de l’association fondée par Jean Vanier, puis pilote les implantations de nouvelles maisons en Europe de l’Est.

« C’est à cette époque, durant laquelle j’avais à diriger des gens, que je me suis intéressée de plus près à la résolution des conflits. » Elle se plonge dans la littérature sur le sujet, découvre le Mouvement international pour la réconciliation (MIR), puis s’envole pour l’Afrique, en 2003. Sept semaines passées à Lubumbashi, dans le sud de la République démocratique du Congo, la font passer de la théorie à la pratique : « J’avais assez lu. Je voulais voir le terrain. »

« LE MEILLEUR DE L’ÊTRE HUMAIN PEUT ÉMERGER MÊME DANS LES PIRES SITUATIONS »

Cette première expérience, au lendemain de la signature de fragiles accords de paix, l’encourage à repartir. Par l’intermédiaire du MIR, dont elle préside la branche française entre 2005 et 2012, elle anime des sessions au Congo Brazzaville, au Gabon, au Rwanda ou au Soudan, invitée par les diocèses, les groupes locaux de « Justice et Paix », des responsables de communautés ou encore des représentants du MIR.

Elle évoque le travail de prévention de la violence mené au Togo au milieu des années 2000.« En 2005, une petite fille de 12 ans s’était fait tuer en allant chercher du pain, provoquant de grandes tensions. À la suite de cet événement, j’ai rencontré les enseignants, les policiers, les parents, les journalistes… pour réfléchir à la manière dont il est possible de prévenir ce genre de tragédies, et de réagir pour ne pas enclencher un cycle de violence. »

Elle l’admet, son combat peut paraître un peu utopique, dans des pays parfois au bord de l’explosion, ou sortant de décennies de tensions fratricides. Pourtant, elle veut y croire : « Le meilleur de l’être humain peut émerger même dans les pires situations. C’est ce qui me donne la force de continuer. »

Il y a une phrase que Maria Biedrawa cite souvent : « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. » Dans cet extrait de la première lettre de saint Jean, elle voit la confirmation que « tout travail de paix est nécessairement lié à la contemplation. Qu’est-ce que la contemplation, sinon regarder Jésus, le prince de la paix ? » Elle ajoute : « Mon travail est une manière de conférer un côté opérationnel à l’Évangile ».

Loup Besmond de Senneville

Source : http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Maria-Biedrawa-combattante-pour-la-paix-2015-03-03-1286727

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Communiqué

 

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Spiritualité

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Citations

La non-violence est la loi de l’espèce humaine comme la violence est celle de la brute. (…) La dignité de l’homme exige de lui l’obéissance à une loi supérieure, à la force de l’esprit.
Gandhi

Cahiers

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A lire

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Cahiers

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