Mouvement international de la Réconciliation Martin Luther King


CONGO

Mouvement pour la Réconciliation des Peuples (Congo),
B.P. 5612,
Pointe-Noire,
CONGO (Brazzaville)
Email: mircongo@yahoo.fr

FAIRE RENAITRE LE CONGO DE SES CENDRES

Caractéristiques Générales 

Le Congo Brazzaville est situé en Afrique Centrale. Il a une superficie de 342.000 Km2. Sa population est de 3.000.000 habitants et se subdivise en 52 groupes ethniques. Brazzaville est la capitale politique, avec une population d’un million d’habitants.

Les groupes religieux se composent de chrétiens (94%), de musulmans (4%) et d’animistes (1%).

Les ressources minières et pétrolières sont très importantes. Le patrimoine forestier est abondant, le sol très fertile. La géographie du pays se prête au tourisme, au transport fluvial, et le port maritime de Pointe-Noire (2eme ville du pays avec 800.000 habitants) bénéficie de conditions naturelles favorables.

Malgré ces richesses naturelles et ces potentialités, il demeure paradoxalement que depuis deux décennies, les données de la vie quotidienne de la population sont peu encourageantes. Les répercussions de la dévaluation monétaire du franc CFA en 1994 ont montré la fragilité d’une économie dépendante de l’extérieur. La République du Congo est le pays qui dans la zone franc a le moins bénéficié de cette dévaluation. Depuis, son PIB n’a cessé de baissé et le déficit considérable de sa balance de paiement ne s’est guère résorbé. Le soutien financier international se fait toujours attendre, faute par le Congo de n’avoir toujours pas honoré ses engagements vis à vis du FMI et de la Banque Mondiale.

En conséquence, en dépit de l’expansion du secteur pétrolier et para- pétrolier ( le Congo est le 3em pays producteur de l’or noir en Afrique au sud du Sahara, avec une production qui dépasse 250.000 barils/jour ), du fait de la dégradation des structures non pétrolières et du fonctionnement précaire des structures publiques ( Administration, Justice, Santé, Sécurité sociale, Enseignement, etc.), la très grande partie de la population vit dans la pauvreté. La récession du marché de travail n’a cessé d’augmenter le taux de chômage et le sous emploi, de même que celui de la mortalité infantile (112 %) et de l’analphabétisme (25%). Les agents de l’Etat (70% des travailleurs) ont vu leur salaire être réduit de 30 % depuis 1994, et ont 20 mois d’arriérés de salaire. L’on assiste à une augmentation très sensible du coût de la vie et l’enrichissement illicite d’une minorité. Le vandalisme, la magouille, la corruption, la paupérisation ne cessent de s’accentuer.

Situation lointaine : de l’indépendance à la période marxiste-léniniste

Ancienne colonie française (Brazzaville fut la capitale de l’Afrique Equatoriale Française -AEF, et de la France Libre de 1940 à 1944), le Congo a accédé à la souveraineté internationale le 15 Août 1960.

Mais déjà en 1959, des affrontements inter-ethniques causaient environ 300 morts à Brazzaville et à Pointe-Noire.

Le 15 Août 1963, éclatait une révolution socialiste qui bouleversait toutes les institutions établies. Ce mouvement révolutionnaire qui chassait du pouvoir le l’abbé Fulbert Youlou y installait un régime marxiste-léniniste.

Les années 1963-1965 constituent dans l’histoire nationale congolaise celles du commencement des violences politiques, des exactions sur les populations civiles, des enlèvements, des tortures et des exécutions extrajudiciaires des « contres révolutionnaires », avec apparition des jeunes de la milice populaire, fer de lance de la révolution, qui prenaient le dessus sur la force publique républicaine.

Le renversement du Président Alphonse Massamba-Debat et la prise de pouvoir par l’armée en 1968 aggravaient l’instabilité politique qui atteint son apogée le 18 Mars 1977, avec l’assassinat du Président Marien N’Gouabi, suivi d’une série d’enlèvements et d’exécutions sur fond tribal, dont celui de l’ancien Président Alphonse Massamba-Debat ( 1963-1968) , et le 22 Mars 1977 du Cardinal Emile Biayenda.

Le Comité Militaire du Parti qui succéda, avec à la tête de l’Etat le Général Jacques Joachim Yombi-Opango, et qui régna pour une courte durée, renforça cette dictature et tenta de « dévier » vers le libéralisme.

Le 5 Février 1979, la prise de pouvoir par le Commandant Denis Sassou N’guesso réhabilita l’idéologie marxiste.

Après une période de relative accalmie (1979 -1991), le vent de changement venu de l’Est ( la « Perestroïka » ) atteint les rives du Congo.

A la faveur de ces changements, la Conférence Nationale Souveraine tenue du 25 Février au 10 Juin 1991, permit de faire le bilan des victimes de la période de l’idéologie marxiste-léniniste : 3000 morts et disparus.

Evolution récente 

La période de transition démocratique :

A partir de 1991, à la faveur du vent de la démocratisation, le pays sortait du système socialiste scientifique et monopartiste. A la Conférence Nationale de 1991 en effet, le pays se tournait vers la restauration d’une démocratie pluraliste et un système d’économie libérale. Le consensus national s’engageait à renoncer à la violence politique et économique. Il fut adopté les préceptes de : « Tu ne tueras point. Tu ne voleras point. Tu ne mentiras point », et même : « plus jamais ça ! ».

Mais en réalité, ce n’était qu’un compromis obtenu sur un manque de vérité autour des grandes questions nationales, tant politiques, sociales qu’économiques. Sous le regard des militaires, les hommes politiques congolais focalisaient beaucoup plus leur attention autour de la question du pouvoir, ce qui allait réveiller les rivalités entre acteurs politiques.

Toutefois, la période de transition de 14 mois qui suivait (quoique tumultueuse et bâclée, avec une tentative de coup d’Etat en janvier 1992), permettait de jeter les bases d’un Etat de Droit : une nouvelle Constitution était votée, des élections législatives, locales et présidentielles organisées. Le 31 Août 1992, battu aux élections, le Général Denis Sassou N’guesso transmettait le pouvoir au Professeur Pascal Lissouba.

Mais très tôt, les espoirs nés de l’avènement de la démocratie pluraliste cédaient le pas aux déceptions.

Guerre civile de 1993-1994 :

En novembre 1992, la jeune démocratie congolaise connaissait ses premières victimes, abattues au cours d’une marche pacifique de l’opposition par des éléments armés. Les conclusions de l’enquête n’ont jamais été publiées.

De 1993 à 1994, le pays s’enfonçait dans un cercle vicieux de la violence politique. Des affrontements inter-ethniques à Brazzaville et dans le sud du pays causaient 2000 morts et disparus, 30.000 personnes déplacées et la destruction de nombreuses maisons.

Le « Forum National pour la Culture de Paix » organisé en décembre 1994, sous l’égide de l’Unesco, permettait pourtant à toute la classe politique congolaise, clé de voûte de tous nos conflits socio – politiques, de prendre des résolutions pour l’instauration d’un dialogue intercommunautaire, la paix, la démocratie et le développement durable .

Cependant, malgré un discours politique apaisant et une certaine accalmie, les relations entre différents groupes sociaux demeuraient difficiles.

La guerre civile de 1997-1999 :

En 1997, les populations attendaient encore la mise en application des engagements solennels pris au Forum par la classe politique pour renforcer le processus de démocratisation et le retour à une paix durable, de même que l’instauration d'un climat favorable à l’esprit de solidarité, de fraternité, de dialogue et d’unité nationale nécessaires pour le développement général de la nation congolaise ; C’est en cette période aussi où le pays était engagé dans les préparatifs de l’élection présidentielle , que le 5 juin, le Congo basculait encore dans une guerre civile d’une cruauté sans précédent qui éclatait à Brazzaville. Les affrontements connaissaient particulièrement l’usage de l’armement lourd.

Cette guerre s’achevait le 15 octobre 1997 par la victoire militaire des forces du Général Denis Sassou N’guesso , appuyées par l’armée angolaise, sur celles du Président Pascal Lissouba.

Le bilan est lourd : 10.000 morts et disparus, près de 600.000 personnes déplacées, des milliers d’exilés, parmi lesquels les anciens dignitaires du pouvoir renversé.

Redevenu seul maître du Congo, du….au….. Janvier 1998, le Président Denis Sassou N’guesso organisait un « Forum pour la Réconciliation, l’ Unité, la Démocratie et la Reconstruction du Congo ».

Mais le Forum n’avait pas convaincu et fut qualifié de mascarade. Le doute, la méfiance et la peur de l’autre s’installaient entre leaders politiques et s’étendaient entre les communautés, avec une bipolarisation persistante du pays en Nord et Sud, les partis et associations politiques étant encore tribalisés.


Dans cet esprit, l’opération de «  ramassage des armes » organisée par le gouvernement dans les régions sud du pays ( Pool, Niari, Bouenza, Lekoumou et Kouilou) favorables à l’ancien pouvoir et dont les leaders politiques ( Pascal Lissouba et Bernard Kolelas ) sont en exil, se soldait par des affrontements des forces gouvernementales avec les résidus de milices (« Cocoyes », « Ninjas ») qui organisaient de la résistance au nouveau pouvoir. La force publique composée d’une grande partie des anciens miliciens du Général Denis Sassou N’guesso( les « Cobras ») se caractérisait par des exécutions sommaires de jeunes gens soupçonnés d’appartenir aux « milices privées ». Ces groupes armés bloquaient le chemin de fer reliant Pointe-Noire à Brazzaville sur 510 Km ( épine dorsale de l’économie nationale et voie de transit pour certains pays d’Afrique centrale ) et abattaient froidement des agents de l’administration publique.

En novembre 1998, après plusieurs mois de combat, le gouvernement contraint à la négociation, confiait cette mission au Conseil Œcuménique des Eglises. Mais cette médiation des églises chrétiennes connaissait un échec et tournait au drame avec l’assassinat dans la région du Pool ( limitrophe de Brazzaville ) de six religieux ( prêtres et pasteurs), assassinat dont les circonstances n’ont jamais été éclaircies, mais pour lequel la responsabilité de l’Armée régulière paraît évidente.

La situation dégénérait, et le 18 décembre 1998, les quartiers sud de Brazzaville ( fief de Mr Bernard Kolelas ) s’embrasaient terriblement. L’attaque des miliciens « Ninjas » regroupés autour du Pasteur N’toumi, provoquait le déplacement des centaines de milliers de personnes dans les quartiers nord de Brazzaville , ainsi qu'à l'intérieur de la région du Pool où nombreux se réfugiaient dans les forets, privés de toute assistance. D’autres personnes encore traversaient de l’autre coté du fleuve, en République Démocratique du Congo voisin. La riposte des forces gouvernementales était froide et se caractérisait par la tuerie de toute personne retrouvée dans ces quartiers. On comptait des milliers de morts, tandis que des éléments de la force publique pillaient et détruisaient les maisons.

En janvier 1999, les autres régions sud connaissaient le même sort et s’embrasaient.

C’est dans ces circonstances que se situe «  l’affaire des 353 disparus du beach de Brazzaville », des jeunes gens réfugiés en RDC qui à leur retour à Brazzaville, seraient portés disparus.

En décembre 1999, un « Accord de cessez-le feu et de cessation des hostilités » était signé par les belligérants.

Relance du processus démocratique et du retour à la paix :

Du 17 mars au 14 avril 2001, se tenait une « Convention pour la Réconciliation, la Paix et la Reconstruction». Cette rencontre présidée par le Président de la République du Gabon, Albert Bongo (Médiateur dans la crise du Congo), sous le signe de « Dialogue non exclusif » excluait les principaux leaders de l’opposition en exil. Il permettait néanmoins la relance du processus de démocratisation.

D’avril à juillet 2002, étaient organisés dans des conditions qui ne garantissent pas la transparence et avec un faible taux de participation, le vote de la nouvelle Constitution qui institue un régime présidentiel, l’élection présidentielle et les élections locales et législatives (à l’exception d’une partie de la région du Pool ). Ces élections permettaient de légitimer le pouvoir de Monsieur Denis Sassou N’guesso élu pour un mandat de 7 ans.

En dépit de ces efforts de pacification et de l’accalmie, force est de constater que la vie nationale congolaise reste marquée par la violence. L’insécurité persiste dans certaines localités du pays.


Le contexte actuel: la tragédie oubliée du Département du Pool

Déjà, à partir du mois de Mars 2002, en plein processus électoral et notamment juste après l’élection présidentielle, la violence armée latente prenait une nouvelle tournure, particulièrement dans la région du Pool, sous la forme d’une guérilla organisée par des milices «  Ninjas » du Pasteur N’toumi. Des officiers de l’Armée et des religieux étaient pris en otage par les rebelles retranchés dans les forets. Le pouvoir leur attribue des attaques sanglantes sur le chemin de fer, sur des sites militaires et dans la périphérie de Brazzaville. Les deux camps se rejettent la responsabilité des attaques et enlèvements dans des camps de déplacés.

Pris entre les feux des belligérants, les populations fuyaient à l’intérieur des forets où certains trouvèrent la mort. D’autres, balluchons sur la tête, affaiblis par des longues marches et la faim, affluaient à Brazzaville et dans d’autres régions du pays.

En effet, d’une part les opérations militaires menées dans cette région par les forces gouvernementales et qui étaient censées venir à bout des rebelles " Ninjas " du Pasteur N'toumi, s'accompagnaient de violences graves sur les populations civiles et sur leurs biens : exactions et menaces, sévices sexuels sur les enfants et sur les femmes, enlèvements et exécutions sommaires de tout jeune garçon soupçonné d'appartenir aux groupes armés "  Ninjas ", disparitions, bombardement de sites de réfugiés par des hélicoptères de l’armée, braquages, mise à sac et destructions de maisons et même abattage des arbres fruitiers, devinrent le lot quotidien des habitants du Pool. Le triste butin fut transporté et vendu impunément par des hommes en armes à Brazzaville et dans les autres villes du pays.

D’autre part, les rebelles pourtant pour la plupart issus des communautés villageoises et tribales situées dans les zones d’affrontements, rivalisaient d’ardeur par des mêmes violences cruelles, traitements humiliants et dégradants sur ces populations civiles déjà appauvries par la crise économique.

Devant le caractère récurrent de cette crise armée, les populations civiles ne comprenaient donc pas les motivations des rebelles qui luttaient contre le pouvoir. Elles ne comprenaient pas non plus la position du gouvernement qui tentait de faire croire à la face du monde qu’il ne se passait rien de grave au Congo sur le plan humanitaire et des droits humains. Ces hommes, ces femmes et ces femmes désabusés perdaient confiance et se demandaient si tout cela n'était pas fait à dessein, se demandaient pourquoi ce peu d’engagement de la communauté internationale à trouver des solutions à cette crise qui perdurait.

Aujourd’hui, à la suite de la signature le 17 Mars 2003, des engagements entre le gouvernement et la rébellion sur la situation de la région du Pool, la communauté nationale espère toujours à un nouveau départ sur le processus de paix et de reconstruction du Congo en général.


CONCLUSION : Faire renaître le Congo de ses cendres

L’histoire du Congo Brazzaville est donc une histoire caractérisée par le cycle infernal de la violence. Elle présente un tableau apocalyptique fait d’égoïsmes et d’injustices, de déchirures et de terribles souffrances, des larmes et de sang. L’absence de culture démocratique, la lutte pour le pouvoir et son partage, la dérive politique en oppositions sociologiques, l’absence de dialogue permanent et le mensonge en politique, la démission de l’Etat, la mauvaise gestion de l’économie et l’élargissement sans cesse du cercle de la pauvreté, la banalisation de la violence, le manque d’esprit de pardon et l’impunité, etc ont fini par exacerber nos violences familiales ou traditionnelles.

Notre pays risque d’être encore marqué par la division, le mépris de l’autre et la haine entre les tribus et à l’intérieur des communautés.

Il demeure pourtant que la nation congolaise est constituée par l’interdépendance de toutes les communautés, sans exclusion aucune. La base de nos familles est l’accueil, l’entente, la solidarité, la générosité, le respect mutuel entre les membres. Cette réalité d’interdépendance oblige, en conséquence, les congolais à une cohabitation harmonieuse entre et au sein des communautés.

Les adultes actuels sont responsables de l’avenir de notre pays, celui des générations futures. Mais cet avenir ne sera garanti et les défis du développement déjà immédiats ne seront relevés que dans une paix durable.

C’est pourquoi, il nous faut résister à la tentation d’un défaitisme et du fatalisme, et nous convaincre qu’un changement est possible, qu’une action est nécessaire pour sauver notre pays, pour redonner l’espoir, la vie. Nos situations conflictuelles devraient nous stimuler à un déploiement inlassable de tous nos efforts dans le combat pour la promotion et le respect de la dignité humaine, du droit à la vie, de la justice et de la paix, conditions indispensables au développement durable.

Après ces conflits, dans le contexte congolais, le retour et la consolidation de la paix exigent un dialogue et une véritable réconciliation entre les fils et les filles du pays.

Les différentes expériences des rencontres organisées dans notre pays et qui ont abouti tantôt à des règlements politiques des conflits et à ramener la sécurité (Conférence nationale, Forum, Conventions, etc. ), la signature des accords entre leaders politiques, de même que nos compromis familiaux, sont certes des signes encourageants. Mais ils révèlent aussi que face à la douleur du passé, à nos déchirures communautaires, pour parvenir à une guérison individuelle et collective, il nous faut dépasser nos fausses réconciliations qui nous ramènent dans le cercle vicieux de l’égoïsme, des injustices, de la division, de la rancune, de la vengeance, de la mort.

Bien au delà, il nous faut prendre les risques d’une véritable réconciliation fondée sur une prise de conscience des valeurs universelles de tolérance, de respect mutuel, d’acceptation de la différence, de justice sociale, de vérité, de fraternité, de respect de la dignité de tout homme et de toute vie, de non violence.

Quoiqu’il en soit, nos interrogations, nos analyses sur les causes de nos conflits fratricides, de nos difficultés à accepter et respecter les autres resteraient toujours stériles si elles ne débouchaient pas sur des engagements concrets à agir pour que notre monde change.

La transformation de notre environnement et les progrès sur les chemins de la réconciliation, d’un meilleur « vivre ensemble » impliquent donc toute la société à un changement des mentalités et des comportements quotidiens, d’où l’urgence d’une éducation de tous à une culture de paix et de non violence. La poursuite du dialogue intercommunautaire et au sein des communautés devrait aussi aider à la création d’un cadre de prévention de nos conflits et de consolidation de la paix.

La mise en œuvre de ce programme de reconstruction de l’unité nationale, de cohésion communautaire, d’éducation à la culture de paix et de non violence ne peut se limiter aux initiatives des hommes politiques qui du reste, dans leurs dérapages répétés, ont montré leurs faiblesses, leurs limites. Les autres acteurs de la vie nationale, dont la société civile (chefs traditionnels, confessions religieuses, organisations ou associations non gouvernementales, etc.) sont aussi appelés à s’organiser et d’accompagner l’ensemble des citoyens sur ces chemins de la réconciliation, de la justice et de la paix.

Engagement du Mouvement pour la Réconciliation et la Paix (MRP-Congo) :

Face à ces défis de notre temps et de notre pays, au nom de l’Evangile de Jésus Christ, le Mouvement pour la Réconciliation des Peuples, aux cotés d’autres artisans et partenaires, se sent alors interpellé :

- à un devoir d’éducation, particulièrement des jeunes et des femmes:

En effet, les jeunes constituent la plus forte majorité de la population congolaise. Leur engagement et leur engouement à utiliser la violence comme moyen d’expression ont fait de la jeunesse congolaise, non seulement la principale actrice des guerres fratricides que nous avons vécues, mais aussi la première victime de ces égarements. Marginalisés, sans emploi, avec un système éducatif et de formation insuffisant, c’est une jeunesse déstabilisée, pleine d’incertitudes et en proie au désespoir qui a été ballottée entre les luttes pour le pouvoir des leaders politiques qui ont même mené quelques uns à intégrer les « milices privées », groupes armés irréguliers, recrutés sur une base ethnique au sein des partis ou de coalitions politiques. Les jeunes ont besoin d’être encadrés pour réapprendre à « vivre ensemble » autrement.

Le rôle des femmes dans le processus de réconciliation et de consolidation de la paix est indéniable comme le montrent leurs différentes actions dans l’histoire du Congo. Vulnérables, elles portent plus le poids des douleurs, des humiliations, des enlèvements, des tortures et autres traitements inhumains et dégradants, des massacres. Mères, ce sont elles qui donnent la vie et sont principalement responsables de l’éducation des enfants. Epouses, elle conseillent et influencent les décisions des hommes. Citoyennes, de plus en plus elles prennent une part active dans les structures de décisions.

Pour entrer avec les autres sur les chemins de réconciliation, de paix et de non violence, nous devons d’abord nous engager nous mêmes à transformer nos vies personnelles, nos manières de croire à la réconciliation, à la vérité, à la justice, à la paix. Il s’agit de nous réconcilier sans cesse avec nous même, avec les autres, avec Dieu. En conséquence, nous avons besoin d’avoir au sein de notre association des personnes ressources capables de mettre en œuvre un programme d’éducation des jeunes et des femmes à une culture de non violence et de paix.

- un devoir de vigilance:
Pour parvenir à une paix durable, éviter de nouvelles haines et de nouveaux conflits, ou alors lorsque les conflits naissent éviter qu’ils ne dégénèrent, il est nécessaire de nous impliquer dans un cadre de prévention et de résolution pacifique des conflits, au moyen de la médiation. Aujourd’hui encore, la tension monte déjà entre les leaders politiques sur l’organisation des prochaines élections législatives de 2007 et présidentielle de 2009. Il faut craindre que le manque de consensus et de culture démocratique autour des futures élections, ne bascule à nouveau le Congo dans la violence.


Rapport de mission, été 2005

1.Le cadre du voyage

Il y a quelques mois de cela, le Mouvement de Réconciliation des Peuples (M.R.P.) du Congo s’est tourné vers la branche française du M.I.R pour lui demander de venir animer une session sur les fondamentaux de la non-violence évangélique active. Le MRP a été fondé il y a un an seulement, avec deux centres, l’un à Brazzaville et l’autre à Pointe-Noire. Ce groupe s’est donné comme premier objectif la formation de ses membres à la non-violence évangélique active.
Si la demande du M.R.P. nous est parvenue, c’est que ce mouvement connaissait nos propositions de formation et notre approche spécifique, par la lecture des Cahiers de la Réconciliation et du Bulletin, ce qui révèle que le M.I.R. a une importance au-delà de nos frontières. Nous avons pu répondre positivement à cette demande. Christian Renoux et moi-même sommes donc partis pendant 15 jours au Congo durant le mois d’août.

Une première session de deux jours avait lieu à Brazzaville. Elle réunissait des représentants de divers mouvements engagés dans la non-violence, des membres de la Décennie ainsi que des femmes intéressées par le programme de l’IFOR « Femmes artisanes de paix ». La deuxième session de cinq jours se tenait à Loango, près de Pointe-Noire. A cette occasion, nous avons rencontré et travaillé avec les membres du M.R.P., de Justice et Paix et de l’ACAT.

Parallèlement, le M.R.P. avait aussi entrepris une démarche pour se rapprocher de l’IFOR. A cet effet, l’IFOR avait préconisé une visite de reconnaissance, qui fut exécutée par la vice-présidente du mouvement, Françoise Petrémand. Ainsi, c’est à trois que nous sommes partis durant ces semaines au Congo. En raison du caractère distinct de nos missions, je me contenterai dans cette contribution de relater uniquement ce qui est relatif à la tâche impartie au M.I.R. en France, à savoir l’animation des deux sessions et tout ce qu’elles nous ont appris sur la vie quotidienne du pays.

2.Quelques faits concernant le Congo

Pour mieux situer le pays et le contexte dans lequel notre travail s’est inscrit, voici quelques faits, quelques chiffres, même si bien sûr la situation ne se résume pas à ceux-ci :

Population : 3,9 millions ; 52 groupes ethniques ; 94% chrétiens, 4% musulmans, 1% animistes ; analphabétisme : 25% ; espérance de vie : 51 ans (hommes), 53 ans (femmes)

Villes mentionnées dans ce rapport :
Brazzaville, capitale politique : 1 million d’habitants
Pointe-Noire, capitale pétrolière et économique : 800.000 habitants
Loango, village de pêcheurs à 15 km au nord de Pointe-Noire, lieu de notre session avec les participants de Pointe

Ressources du pays :
3e pays producteur de pétrole  d’Afrique sub-saharienne (250.000 barils/jour); sucre, cacao, café ; diamants ; patrimoine forestier ; transport fluvial qui donne accès à certains pays d’Afrique centrale.

Le pétrole – source d’appauvrissement du pays pour deux raisons :
1. Du fait de l’existence de la rente pétrolière, toutes les autres activités économiques ont en effet tendance à disparaître. Il n’y a plus de motivation à développer une activité économique diversifiée, car le pétrole rapporte d’immenses revenus. Mais l’expérience montre que cette situation a des effets pervers. En effet, l’industrie pétrolière offre très peu d’emplois pour la population en quête d’activité. Dans ce sens, le pétrole se révèle être une source d’appauvrissement et de sous-développement.
2. La dette de l’Etat congolais envers TotalFinaElf : origines et conséquences
La forte dépendance du Congo à l’égard de ses revenus pétroliers a déstabilisé les recettes de l’Etat lors de l’effondrement des cours du pétrole, à la fin des années 80. L’Etat a dû alors faire face à des déficits publics chroniques et à une forte augmentation de sa dette extérieure. A mesure que l’endettement se creusait, les gouvernements successifs ont pris l’habitude de se tourner vers les compagnies pétrolières pour trouver des sources de financements de rechange. Depuis de nombreuses années, l’Etat congolais s’est ainsi endetté auprès des compagnies pétrolières à travers un système de préfinancements. (..) Ce système a deux conséquences négatives: d’une part, le prix du pétrole évalué est très inférieur au prix du marché (même si les chiffres ne sont pas rendus officiels). Cela signifie que l’Etat rembourse ses emprunts en vendant du pétrole sous-évalué et donc moins cher qu’il n’aurait pu le vendre dans des conditions normales. D’autre part, ce système se fait au détriment des générations futures.

Histoire récente et situation des droits humains :
15/08/1960  : indépendance accordée au Congo par la France ;
15/08/1963  : révolution socialiste avec installation d’un régime marxiste-léniniste ;
1968 : putsch militaire, enlèvements et exécutions sur fond tribal ; exécution, entre autres, du cardinal Emile Biayenda en 1977;
1979  : Denis Sassou N’Guesso réhabilite l’idéologie marxiste ;
1991  : Chute du communisme en Europe, qui ouvre la voie à une « Conférence nationale souveraine ». Elle est l’occasion d’un bilan de la période marxiste : 3000 morts et disparus ;
14 mois de transition démocratique : Compromis obtenu par une dissimulation de la vérité sur des questions nationales tant politiques, sociales qu’économiques ; une nouvelle Constitution est votée qui jette néanmoins les bases d’un Etat de droit ;
1993/1994  : 1ère guerre civile ; affrontements interethniques à Brazzaville ; 2000 morts et disparus, 30.000 déplacés ; suite du « Forum national pour la culture de paix » durant lequel la classe politique prend une résolution en faveur du dialogue interethnique, de la démocratie et du développement durable ;
1997/1999  : 2eme guerre civile ; Sassou revient au pouvoir, appuyé par l’armée angolaise ; 10.000 morts et disparus et 600.000 déplacés ; suite du « Forum national pour la réconciliation, l’unité, la démocratie et la reconstruction du Congo », perçu comme une mascarade sur le plan international ; le fossé entre leaders politiques et communautés se creuse ; le « ramassage des armes » culmine dans des exécutions sommaires perpétrées par les anciennes milices de Sassou ;
1998 : Le gouvernement est contraint à la négociation, la médiation est confiée au Conseil oecuménique des Eglises. Elle échoue quand 6 religieux sont assassinés ;
1999 : Nouvelles violences, dont les 353 « disparus du Beach » ;
29/12/ 1999 : Accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités 
2001 : « Dialogue national sans exclusive » avec médiation du président du Gabon, qui aboutit avec la signature de la « Convention nationale de la paix et de la reconstruction du Congo ». Les principaux leaders de l’opposition sont en exil et exclus de ce dialogue, le succès n’est donc que mitigé. Néanmoins, la Convention relance la possibilité d’une démocratisation ;
2002 : Vote d’une nouvelle Constitution, dans des conditions qui ne garantissent pas la transparence, avec une faible participation et une élection présidentielle qui confère à Sassou un mandat de 7 ans ;
2002 : Rébellion du pasteur N’Toumi et de ses milices, les « Ninjas », dans la région du Pool (région autour de Brazzaville) avec des contre-violences de l’armée, à nouveau des disparitions, des bombardements de camps de réfugiés, des enlèvements, des exactions, des viols… Le discours du gouvernement donne l’illusion à la communauté internationale que « rien de grave sur le plan humanitaire et au niveau des droits humains ne se produit au Congo » ;
Avril 2003 : signature des accords entre le gouvernement et les rebelles dans la région du Pool ;
Août 2005  : Acquittement des accusés dans l’affaire des « disparus du Beach » (v. la suite)

3.Une coïncidence d’évènements

Quand nous parlons de non-violence, nous sommes vite amenés à traiter du « satya-graha » de Gandhi. Il s’appuya sur ce principe de non-violence, la « force de la vérité », pour défier l’oppression, l’injustice et la violence. Pour Nelson Mandela et Desmond Tutu, c’est aussi cette seule force de la vérité qui permettra une réconciliation nationale en Afrique du Sud. Or, pendant que nous parlions de cette force de la vérité dans l’expérience de la non-violence, se déroulait au même moment le procès concernant les « disparus du Beach » à Brazzaville.
Cette affaire peut être résumée ainsi : suite à un accord garantissant leur sécurité, 353 Congolais, réfugiés en RDC pendant la dernière guerre civile, revenaient au pays en traversant le fleuve Congo qui sépare Kinshasa de Brazzaville. Immédiatement après leur arrivée au Beach, le port fluvial de Brazzaville, ils furent transférés dans un centre de détention, dont ils ne revinrent plus jamais.
Suite à ces disparitions, 16 accusés, tous généraux, colonels ou officiers supérieurs des forces de sécurité comparurent devant le tribunal pour « crime de génocide, crime de guerre et crime contre l’humanité ». Lors de ce procès, la parole des quelques témoins et survivants se heurta à un total déni des faits par les accusés, qui n’admettaient que quelques « bavures » possibles. Le juge d’instruction n’avait pas mené l’enquête et se contentait d’opposer les déclarations des parties adverses. Les accusés furent tous acquittés (pour l’instant) le 17 août, alors même que l’Etat était reconnu coupable des faits. Les médias internationaux ont qualifié ce procès de mascarade et de parodie de justice.

Dans un tel contexte, que veut dire « s’appuyer sur la force de la vérité », quand celle-ci est bafouée, niée par les instances étatiques ? Que veut dire « construire par la force de la vérité » si celle-ci reste interdite, les auteurs des violences protégés par une impunité totale et les processus de négociation (forums, dialogues, conférences,…) voués à l’échec et à la dissimulation? Que signifie « dire la vérité » dans un pays qui détient un tel record de violations des droits humains ? Quel risque, quel courage que de dire la vérité alors que, pour tout groupe de parole, l’éventualité d’une infiltration gouvernementale est toujours présente !

Une formation à la non-violence n’a pas pour vocation d’anticiper la position que chaque participant(e) ou groupe peut ensuite adopter par un choix qui lui appartient, à lui et à lui seul. Notre rôle n’était pas de donner des réponses à la place des autres ou de laisser une liste de suggestions. Cette rencontre fut plutôt l’occasion de laisser émerger la souffrance, les doutes, les peurs, la colère et tout ce qui malgré tout fait vivre les acteurs de la réconciliation au Congo. Elle fut un lieu de confrontation de toutes ces émotions à la réalité, ainsi qu’à l’espoir du lendemain. Elle fut un lieu de réflexion et de construction de repères. La coïncidence dans le temps avec ce procès nous a propulsés sans détour au cœur du sujet :
Essence, éthique et risques de la non-violence.

4.Quand la parole se fraye le chemin

Déjà en temps normal, il est difficile de s’écouter. Il est plus délicat encore de s’écouter et de s’entendre dans ses différences. Mais s’écouter, et s’entendre, quand ces différences furent la racine ou le prétexte de guerres civiles, d’oppressions, de violences et d’injustices, cela frôle l’impossible. Le silence, choisi ou imposé et subi, voile la souffrance aux multiples visages et surtout la peur. Mais tenter l’écoute, la parole, et réussir cette expérience, c’est un choix de vie, de réconciliation, d’avenir et de paix. C’est d’abord vrai pour le groupe qui s’écoute, s’entend et s’exprime mais ensuite pour le milieu où ce groupe est amené à agir en tant que ferment de réconciliation.

Le groupe réuni à Loango a osé. Les différences, avec leurs empreintes douloureuses, ne manquaient pas, tout comme les difficultés à les exprimer ou à les laisser se dévoiler. Mais dans la mesure où la parole s’est frayée un chemin, des déclics importants se sont produits : c’était la toute première fois que ce groupe parlait ensemble du passé – source d’espoir que de se dire que ce sera encore possible, sans provoquer de ruptures, et que cela portera ses fruits dans l’avenir.
Un moment clé fut la discussion approfondie sur le rapport entre la responsabilité individuelle et la violence institutionnelle, moment qui culminait dans la découverte libératrice, elle aussi palpable, de l’unique et irremplaçable responsabilité des survivants et des victimes dans un processus de réconciliation et de reconstruction.
Les échanges sur ce qu’est le pardon et les formes qu’il peut revêtir, sur la possibilité de continuer face au mal qui a été accompli, la question de la réparation de ce qui parfois est irréparable, formaient comme un fil rouge dans les interrogations et préoccupations.

Mais le fait de connaître les « dynamiques du pardon » est une chose, le vivre soi-même en est déjà une autre. Voir autrui le vivre dans un combat existentiel, dans une quête déroutante, se situe encore à un autre niveau. Pour certaines questions, les réponses ne peuvent venir que de l’intérieur, du cœur des personnes concernées et du sein de leur communauté. Cependant, ce qui reste possible de l’extérieur est le respect profond pour les femmes et les hommes qui sont aujourd’hui au rendez-vous de cette épreuve de vérité ; en outre, la solidarité internationale et la transmission du témoignage de ces personnes, de ces peuples dans nos pays européens, qui ne sont ni absents ni innocents dans ces drames, est absolument indispensable; et, enfin, nous pouvons apporter aide et détermination pour faire émerger la vérité, car elle seule nous rendra libres.


5.Les défis : faire renaître le Congo de ses cendres

Extrait d’un document du M.R.P. :« L’histoire du Congo-Brazzaville est une histoire caractérisée par le cycle infernal de la violence. Elle présente un tableau catastrophique fait d’égoïsmes et d’injustices, de déchirures et de terribles souffrances, de larmes et de sang. L’absence de culture démocratique, la lutte pour le pouvoir et son partage, la dérive politique, l’absence de dialogue, la démission de l’Etat, la mauvaise gestion de l’économie et l’élargissement incessant du cercle de la pauvreté, la banalisation de la violence, le manque d’esprit de pardon et l’impunité, etc. ont fini par exacerber nos violences familiales ou traditionnelles…
C’est pourquoi il nous faut résister à la tentation du défaitisme et du fatalisme et nous convaincre qu’un changement est possible, qu’une action est nécessaire pour sauver notre pays, pour redonner l’espoir, la vie. Nos situations conflictuelles devraient nous encourager au déploiement inlassable de tous nos efforts dans le combat pour la promotion et le respect de la dignité humaine, du droit à la vie, de la justice et de la paix, conditions indispensables au développement durable.
Après ces conflits, dans le contexte congolais, le retour et la consolidation de la paix exigent un dialogue et une véritable réconciliation entre les fils et les filles du pays.
Les différentes expériences des rencontres organisées dans notre pays et qui ont parfois abouti au règlement politique des conflits et au retour de la sécurité ( Conférence nationale, forum, etc. ), la signature des accords entre leaders politiques, de même que nos compromis familiaux, sont certes des signes encourageants. Mais ils révèlent aussi que face à la douleur du passé, à nos déchirures communautaires, pour parvenir à une guérison individuelle et collective, il nous faut dépasser nos « fausses réconciliations », qui nous ramènent dans le cercle vicieux de l’égoïsme, des injustices, de la division, de la rancune, de la vengeance et de la mort.
Bien au-delà, il nous faut prendre les risques d’une véritable réconciliation, fondée sur une prise de conscience des valeurs universelles de tolérance, de respect mutuel, d’acceptation de la différence, de justice sociale, de vérité, de fraternité, de respect de la dignité de tout homme et de toute vie, de non-violence.
En effet, après tant de décennies qui consacrent l’échec absolu des réponses violentes à nos conflits, la pratique de la non-violence apparaît aujourd’hui comme une des solutions alternatives essentielles pour construire la démocratie, la réconciliation, l’unité et la paix.

Quoiqu’il en soit, nos interrogations, nos analyses sur les causes de nos conflits fratricides, de nos difficultés à accepter et respecter les autres resteraient toujours stériles si elles ne débouchaient pas sur des engagements concrets à agir pour que notre monde change.
La transformation de notre environnement et les progrès sur les chemins de la réconciliation, d’un meilleur « vivre ensemble » impliquent donc toute la société dans un changement de mentalités et de comportements quotidiens. D’où l’urgence d’une éducation de tous à une culture de paix et de non-violence. La poursuite du dialogue intercommunautaire et au sein même de chaque communauté devrait aussi contribuer à la création d’un cadre de prévention de nos conflits et à une consolidation de la paix.


La mise en œuvre de ce programme de reconstruction de l’unité nationale, de cohésion communautaire et d’éducation à la culture de paix ne peut se limiter aux initiatives des hommes politiques qui, du reste, dans leurs dérapages répétés, ont montré leurs faiblesses et leurs limites.
Les autres acteurs de la vie nationale, dont la société civile (chefs traditionnels, confessions religieuses, organisations ou associations non gouvernementales etc. ) sont aussi appelés à s’organiser et à accompagner l’ensemble des citoyens sur ces chemins de la réconciliation, de la justice et de la paix…. Petit à petit, en effet, une véritable vie associative voit le jour. Bien qu’il existe encore de nombreuses « O.V.G »., « organisations véritablement gouvernementales » qui n’ont de libre et démocratique que l’apparence, de plus en plus de véritables O.N.G., organisations non gouvernementales, voient le jour aujourd’hui. Malgré toutes leurs difficultés, ces associations commencent à percevoir l’intérêt de s’unir et de mettre leurs ressources en commun là où elles s’engagent pour des objectifs proches et comparables. Selon les mots d’un participant à l’une des sessions : « L’espérance, c’est l’émergence de la société civile. »
Face à ces défis de notre temps et de notre pays, au nom de l’Evangile de Jésus-Christ, le Mouvement pour la Réconciliation des Peuples, aux cotés d’autres artisans et partenaires, se sent alors appelé :

- à un devoir d’éducation, particulièrement des jeunes et des femmes:

En effet, les jeunes constituent la majorité de la population congolaise. Leur engagement et leur engouement à utiliser la violence comme moyen d’expression ont fait de cette jeunesse congolaise, non seulement la principale actrice des conflits fratricides que nous avons vécus, mais aussi la première victime de ces égarements. Marginalisés, sans emploi, avec un système éducatif et de formation insuffisants, c’est une jeunesse déstabilisée, pleine d’incertitudes et en proie au désespoir. En outre, ces jeunes ont été tiraillés entre les luttes pour le pouvoir des leaders politiques, certains d’entre eux ont même encouragé quelques-uns de ces jeunes à intégrer les « milices privées », groupes armés irréguliers, recrutés sur une base ethnique au sein des partis ou de coalitions politiques. Les jeunes ont besoin d’être encadrés pour réapprendre à « vivre ensemble » autrement.

Le rôle des femmes dans le processus de réconciliation et de consolidation de la paix est indéniable comme le montrent leurs différentes actions dans l’histoire du Congo. Vulnérables, ce sont elles en premier lieu qui portent le poids des douleurs, des humiliations, des enlèvements, des massacres, des tortures et autres traitements inhumains et dégradants. Mères, ce sont elles qui donnent la vie et sont principalement responsables de l’éducation des enfants. Epouses, elle conseillent et influencent les décisions des hommes. Citoyennes, elles sont de plus en plus nombreuses à prendre une part active dans les structures de décision.


Pour entrer avec les autres sur les chemins de la réconciliation, de la paix et de la non- violence, nous devons d’abord nous engager nous-mêmes à transformer nos vies personnelles, nos manières de croire en la réconciliation, en la vérité, en la justice et en la paix. Il s’agit de nous réconcilier sans cesse avec nous-mêmes, avec les autres, avec Dieu. En conséquence, nous avons besoin d’avoir au sein de notre association des personnes ressources capables de mettre en œuvre un programme d’éducation des jeunes et des femmes à une culture de non-violence et de paix.


un devoir de vigilance:

Pour parvenir à une paix durable, éviter de nouvelles haines et de nouveaux conflits, ou alors, lorsque les conflits apparaissent, éviter qu’ils ne dégénèrent, il est nécessaire de nous impliquer dans un cadre de prévention et de résolution pacifique des conflits, au moyen de la médiation. »


6.Nord-Sud, Sud-Nord et Sud-Sud

C’est toujours un privilège que de passer du temps dans un pays, non pas en qualité de touriste, mais dans un cadre qui permet de partager le quotidien des habitants, en écoutant ce qu’ils vivent et comment ils le vivent.
Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu, nous interpelle. Après une telle visite, la question de la solidarité se pose tant sur un plan matériel qu’humain. Nous entendons par exemple le souhait du M.R.P. à Brazzaville et à Pointe-Noire d’établir une petite bibliothèque sur la non-violence active. Et comment pouvons nous soutenir en Europe leur lutte pour la justice et la réconciliation? L’échange Nord-Sud exige de nous inventivité et vigilance.

En même temps, ce lien est important pour nous. Il nous rappelle que la non-violence est un engagement pour la vie concrète de personnes tangibles et ne se limite pas à l’élaboration d’une noble pensée. Leur interpellation nous garde en éveil quant à nos choix de vie, leur authenticité et leur renouvellement permanent. Nos ami(e)s, par leur présence et leurs actions, nous rappellent que nos objectifs sont toujours d’actualité, ici en France et ailleurs, car nous sommes tous interdépendants. J’ai parfois envie de leur dire merci : merci de nous faire confiance et de susciter la solidarité, le partage que nous risquerions de perdre de vue si personne ne l’attendait de nous. Merci, car cet appel nous place au cœur du sens, au cœur de la réalité de notre engagement. C’est un don partagé du Sud vers le Nord.

Reste une dernière dimension : celle du dialogue Sud-Sud. A travers les échanges récents, je suis convaincue que les groupes africains auraient des connaissances et des savoir-faire à partager, notamment sur des thèmes comme la démocratisation, la transformation sociale, le développement durable et la protection des équilibres écologiques par l’action non-violente, la réconciliation ethnique et la défense des droits humains.
Les circonstances rendent cet échange difficile : il est parfois plus facile et moins coûteux d’aller en Europe que d’un pays africain à un autre. Les groupes ne se connaissent pas et ignorent leurs richesses mutuelles.
Alors à quand le dialogue Sud-Sud au niveau de la non-violence ?

7.Une coïncidence de lieux qui interpelle

J’aimerais terminer mon rapport par une note personnelle, une image qui s’est inscrite dans ma mémoire, comme si elle était un résumé de notre séjour.
L’école où notre seconde session avait lieu n’était qu’à quelque 50 m d’une allée d’eucalyptus magnifiques. L’allée mène à Loango, un village de pêcheurs au bord de l’Atlantique. Elle est chargée d’histoire.
C’est ici que les esclaves venant d’Afrique centrale passaient : ils vivaient leurs derniers 200 mètres sur le sol africain avant d’être embarqués vers l’inconnu. C’est aussi ici que plus tard les premiers missionnaires mirent pour la première fois le pied sur le sol africain. Mais ils ne se sont pas rencontrés, ces deux mouvements d’êtres humains.
Hier comme aujourd’hui, ces deux flux, l’esclavage et le message libérateur de l’Evangile, sont toujours en marche, en route, et ceci dans des directions opposées. Or, l’intelligence de la non-violence, c’est justement d’accompagner les deux à leur rendez-vous. C’est une belle promesse que « Fidélité et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent »2, une joie profonde plane sur cette parole d’accomplissement. Mais que faire quand la vérité rencontre le mensonge, la justice l’injustice, quand la liberté de l’amour embrasse toute forme d’esclavage contemporain? Qui changera de direction ? Qui empruntera un autre chemin?
Nous n’étions pas loin de cet endroit chargé de la mémoire des fardeaux humains, dans une petite salle d’école. Cette rencontre nous mit effectivement de nouveau à l’école, à l’école de celui qui est « doux et humble de cœur »3. La non-violence est une école permanente, l’école de la « réconciliation des choses opposées »4 en nous et parmi nous. C’est dans cette école de rencontre des contrastes que nous apprenons à devenir doux et humbles de cœur et à puiser cette autre force qui fait de nous des artisans de paix crédibles, transmetteurs d’un message, tributaires des transformations libératrices, au service de la vie de toutes et tous.
Une joie profonde plane aussi sur cette école de l’inachevé qui est la nôtre aujourd’hui. Peut-être s’agit-il de ces choses « révélées aux tout-petits »5 qui font la joie de Jésus ?


Maria Biedrawa,
Octobre 2005

 

olivier la non-violence est une arme puissante et juste
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Photos session Congo été 2005
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